Histoire de Jolie Marion

Histoire  -  Matelotage -  Charpente  -  Motorisation

 

 Responsables de l'atelier : Marc et Jean-Claude


Une partie importante du projet concerne son aspect patrimonial. En effet il est important non seulement de refaire naviguer ce bateau traditionnel ancien, mais aussi de mieux connaître son histoire et de communiquer pour attirer l’attention sur notre projet.
     · Recherche des sisterships survivants
     · Information sur les langoustiers mauritaniens
     · Collecte des infos auprès des anciens propriétaires du bateau, du chantier l’ayant construit (il a été repris)
     · Recherche de témoins ayant participé à la pêche à la langouste
     · Contact avec les associations
     · Promotion de l’opération auprès de la presse spécialisée (Chasse Marée,…)

L’objectif final serait d’avoir le maximum d’éclairage sur cette restauration pour qu’au jour de la mise à l’eau, nous puissions organise un rassemblement de Bateaux Traditionnels, avec pour invités d’honneur une flottille d’annexes de langoustier, et pourquoi pas, un langoustier!

 

De Mado à Jolie-Marion, de Douarnenez à Pornic

L’épopée d’un canot, ex-annexe de langoustier mauritanien

Pour pêcher la langouste, les pêcheurs utilisaient des canots de près de 7 m, soit pour mouiller et relever des filets pour capturer les langoustes vertes, soit des casiers pour les roses, même si ce fut moins systématique. (voir ces techniques infra). « Jolie-Marion » est de ces canots, non pontés, bien assis sur l’eau et très reconnaissables grâce à une grosse ferrure d’étrave, boulonnée de chaque côté de celle-ci.

« Jolie-Marion »

Tel est son nom actuel. On lui en connaît deux autres : tout d’abord celui de son neuvage, en 1961 : « Mado », toujours gravé sur ca coque, tout comme son immatriculation originelle « DZ 3993 », qui crée un cordon ombilical, et néanmoins administratif, avec un langoustier mauritanien de Douarnenez, « Joliot-Curie », aujourd’hui disparu (voir infra).

Dz3993-Joliot-Curie

En 1964, elle met le cap sur la Bretagne-nord, là où les annexes sont reines et les matelots au long-cours sont rois : l’embouchure de la Rance, haut-lieu d’une autre pêche au loin, celle à la morue à bord des doris, autres annexes de pêche. Mais par quelque bizarre goujaterie, « Mado » devient « Vieille chose »…, et délaisse la pêche professionnelle pour la plaisance.

En 1995, elle connaît un retour en grâce, du moins patronymique : nait alors « Jolie-Marion », qui d’une embouchure, l’autre rejoint celle de la Loire, à Saint-Nazaire. Au petit port de Méan, sur le Brivet, très précisément, à un lancer de ligne des chantiers de Penhoët.

C’est là qu’en juillet 2012, elle échappe de peu à la tronçonneuse du démolisseur et devient la jolie chose d’un adhérent de l’association Coques en bois. Faute de temps pour mener à bien sa restauration, il la cède deux ans plus tard à celle-ci, qui prend la suite de ce chantier pour rajeunir « Mado ».

 Jolie marion

Voilà ce que l’on sait, à ce jour, de la vie de « Jolie-Marion », ex « Vieille chose », ex « Mado ». Au fil de sa restauration, nous aurons probablement de nouvelles précisions. Et bien sûr tout complément d’informations que chacun peut apporter à son sujet, sera le bienvenu !

D’autres canots annexes de langoustiers naviguent encore.

« Jolie-Marion » n’est pas seule. On lui connaît deux sœurs, nées comme elle aux Chantiers Navals de Cornouaille (CNC) à Douarnenez : « Francesca », ancienne annexe de « Farandole » autre « mauritanien » (photo ci-dessus), gréée en cotre aurique, basée à La Roche-Bernard et qui participe à de nombreux rassemblements de bateaux traditionnels dont celui de Pornic. L’autre, que nous n’avons pas encore formellement identifié, mais bien reconnaissable par ses formes, est aussi gréé en cotre aurique. Il est simplement passé du port de Tréboul à celui du Rosmeur, toujours à Douarnenez.

D’autres annexes viennent de chantiers autres que CNC. C’est le cas de « Brava », construit en 1957 à Camaret, tout comme « Astérix », construit en 1959 au chantier Péron de ce même port. Jusqu’en 1972, elle fut l’annexe du ND de Rocamadour.

Le rôle des canots, annexes de langoustiers

Il a existé deux grands types de pêche à la langouste sur les côtes d’Afrique, menées par les bateaux de Douarnenez dans un premier temps, auxquels se sont adjoints ceux de Camaret dans un second.

Langoustes vertesLangoustes verte

Le premier type de pêche est celui au filet droit, pratiqué du début du XXe siècle à la Seconde Guerre Mondiale. Au début, c’est une substitution à la pêche à la sardine qui a disparue des eaux bretonnes. L’espèce recherchée est la langouste verte qui vit sur des fonds entre 5 et 10 m devant les côtes de Mauritanie, alors colonie française, ce qui en facilite l’accès aux Douarnenistes.

Mais ces fonds peu profonds, créent des rouleaux sur lesquels les dundees ne sont pas manoeuvrant. Deux annexes sont alors embarquées le temps de la traversée. C’est à partir de ces canots, creux, que sont mouillés les filets, hissés ensuite avec les prises. Ils sont maintenus loin du bord du dundée par deux tangons latéraux et un système de poulies permet de les rapprocher du bord au besoin. D’où la ferrure qui caractérise ces canots.

La pratique de ces canots est fort dangereuse, tant au moment de l’embarquement ou débarquement des matelots qu’au moment de la pêche dans les rouleaux. Nombreux sont les accidents et les noyades qui surviennent alors. Ils sont dans un premier temps gréés comme les misainiers de la pêche sardinière mais assez vite, au moins l’un d’entre eux, est doté d’un moteur à essence pour le rendre plus maniable. La quantité de carburant à embarquer pour ces campagnes lointaines explique que les bateaux-mères eux-mêmes ne soient pas motorisé tant que l’ingénieur Diesel n’a pas popularisé son invention ! Mais cette technique de pêche épuise les fonds et survient la Seconde Guerre Mondiale qui oblige à une pose.

Langoustes rosesLangouste

Le hasard vient en aide aux pêcheurs après l’armistice : un peu plus au large des côtes de Mauritanie, un chalutier découvre un gisement de langoustes, mais roses cette fois, sur ce qui s’appelle le banc d’Arguin. Cette espèce vit plus profondément que la verte, donc les filets droits ne sont plus efficients. Va alors pour les casiers, boéttés par du poisson capturé au chalut.

 

Les filières de casiers sont empilées, sur la plage arrière du bateau, sur ce qui s’appelle le podium. Au fil du temps, le chalutage des crustacés devient tout aussi important que l’usage des casiers. Conséquence : les stocks finissent pas s’amenuiser. La Mauritanie indépendante, joue de ses droits de pêche sur le banc d'Arguin qu’elle négocie avec l’Union Européenne La Mauritanie indépendante, joue de ses droits de pêche sur le banc d'Arguin qu’elle négocie avec l’Union Européenne. Les Bretons, concurrencés par les Portugais et les Espagnols, n'ont plus l'exclusivité. Le clap de fin de la pêche française est donné à la fin des années 80.

 

Un langoustier en Mauritanie : « Joliot-Curie », bateau-mère de « Mado »

C’est à Concarneau, précisément à Lanriec, de l’autre côté de la Ville-Close, qu’est construit le « Joliot-Curie » (chantier Donnard) pour le compte de l’armateur douarneniste Jérôme Le Berre et de ses associés, sous l’immatriculation DZ 3993. C’est un chalutier-caseyeur, doté d’un vivier et d’une chambre de congélation. En effet, les langoustes pêchées au casier sont maintenues vivantes dans ce vivier, où l’eau de mer circule en permanence grâce à des trous dans la coque ; celles pêchées au chalut, souvent abîmées et donc moins prisées, sont étêtées et leurs queues congelées.

Langoustier coupe

Le « Joliot-Curie » rejoint ensuite l’armement France-Langouste créé par deux patrons-pêcheurs douarnenistes et deux autres personnes dont Gwen-Aël Bolloré, actionnaire des papeteries éponymes. Son immatriculation devient alors : DZ 185118. Cet armement est ensuite racheté par l’armement Dhellemmes de Concarneau qui le détient jusqu’à la disparition de cette pêcherie à la fin des années 80. Il est de même type et même génération que N-D de Rocamadour, aujourd’hui visible et visitable au port-musée de Douarnenez (ci-dessous)

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Le « Joliot-Curie » avait « un carré d’équipage superbe, spacieux et tout en boiseries ». Dans le Chasse-Marée d’avril 1989, voilà ce que dit de lui André Gourlaouen qui y a navigué comme novice, avant d’être le dernier commandant du N-D de Rocamadour en 1989. « Ouais, un beau bateau le « Joliot »…». Qui a connu une bien triste fin : pétardé par l'Aéro-Navale en janvier 1989 ! Mais reste « Mado » et donc la « Jolie-Marion » pour honorer sa mémoire.

Jean-Claude Le Berre

 

>>  A lire également en page 2, le témoignage d'un ancien marin, pêcheur et fils de pêcheur à la langouste, Jacques Nouy de Douarnenez.

 

Bibliographie

L’ouvrage le plus complet sur les pêches à la langouste sur les côtes de Mauritanie par les pêcheurs douarnenistes et camaretois est celui de Françoise Pencalet-Kerivel : « Histoire de la pêche langoustière ». Cette somme, parue aux Presses Universitaires de Rennes, détaille notamment le rôle des annexes dans la pêche à la langouste verte.

Un témoignage vivant sur cette pêche est publié dans le Chasse-Marée n°48 d’avril 1990. Celui de François Domenech embarqué sur le Belle Bretagne en 1933. Un reportage sur la dernière marée du N-D de Rocamadour en 1989, pour la pêche à la langouste rose lui fait pendant. Il est signé de Laurent Giraudineau et les photos sont de feu Michel Thersiquel. Ce n° du Chasse-Marée résume parfaitement la pêche langoustière de ses débuts à sa disparition…

Autre ouvrage de référence : le tome 2 d’Ar Vag. Paru en 1979, il traite quasi exclusivement de la pêche à la langouste verte, mais il présente des dessins d’annexes, ce qui permet de se rendre compte de ce qu’était « Jolie Marion » à son neuvage.

Paru trois ans plus tôt chez Fayard, le livre d’Hervé Gloux (ancien conservateur du musée de la pêche de Concarneau) et Jean-Yves Manac’h : « Les bateaux de pêche de Bretagne –histoire et technique », consacre trois chapitres illustrés de photos et dessins aux langoustiers.

Le livre de G. Malbosc et R. Mélennec, « Les années langoustes », paru aux éditions Keltia en 1998, témoigne de ce que fut la pêche à la langouste par les camarétois.

Enfin, la biographie d’Auguste Tertu, charpentier de marine à Camaret donne le point-vue d’un constructeur de « mauritaniens », et non des moindres. De son chantier est sorti en 1962, le plus grand « mauritanien » : « Le banc d’Arguin », long de 37,60 m. Ce livre, « Le charpentier de Rostellec » de Joseph Perrin, est paru en 1974 aux éditions France-Empire.

 

Des sites Internet :

Une base de données très riche avec de nombreuses photos sur les bateaux de Douarnenenz  : 

http://www.bagoucozdz.fr/

Dont les langoustiers : 

http://www.bagoucozdz.fr/BTrecherche6.php?lng=$lng

Un inventaire des bateaux Langoustiers  : 

http://www.bateauxdepeche.net/langmaurdz2.htm

 

Des articles de presse :

Un témoignage sur la pêche (article Ouest-France) :

peche-langouste-verte-temoignage.pdf  peche-langouste-verte-temoignage.pdf

 

Suite à la publication d'une annonce dans le Chasse-Marée, un lecteur de Douarnenez, Jacques NOUY nous a contacté. Une rencontre s'en est suivi....

Jolie-Marion, un vrai Canot de Mauritanie !

Rencontre fructueuse à Douarnenez vendredi 7mars dernier avec Jacques Nouy et Henri Caradec. Le premier, fils d’un patron-pêcheur de langoustier douarneniste mauritanien, a lui-même pratiqué la pêche à la langouste verte, le second fils de marin-pêcheur de Mauritanien et propriétaire d’un canot de Mauritanie, ont mené l’enquête pour Coques en bois. Jolie-Marion, qui s’appelait alors Mado, annexe du Joliot-Curie, a bien participé à la seule campagne de pêche à la langouste verte de ce langoustier sur les côtes du Rio del Oro. Après cette unique campagne à la « verte », il s’est converti à la pêche à la langouste rose aux casiers, sur le banc d’Arguin. De fait, ses canots ont été délaissés. D’ailleurs la seconde annexe est restée à Port-Etienne ! (aujourd’hui Nouadhibou).

Cet intérêt de Coques en bois pour l’histoire de Jolie-Marion a des répercussions positives à Douarnenez : Bruno Liebig, le responsable des collections du musée a ouvert les portes de réserves fermées au public, où ni Jacques Nouy, ni Henri Caradec n’avaient jamais pénétrés ; et oh surprise, le musée détient un canot de Mauritanie ! Certes il est un peu fatigué ; et ayant été armé à la plaisance, sa ferrure d’étrave, caractéristique des canots de Mauritanie, a été enlevée. Suite à cette visite, il n’est pas exclu que cette annexe rejoigne le musée, gréée comme pour la pêche à la langouste verte, et témoigne ainsi des 29 canots de ce type, construits au Chantier Nautique de Cornouaille à Douarnenez dans les années 60.

Jacques NOUY nous a aimablement autorisé à reproduire une partie de ses recherches sur les annexes de Mauritaniens. Qu'il en soit ici remercié.

Texte N° 1 à consulter ICI

Texte N° 2 à consulter ICI

Date de dernière mise à jour : 27/10/2014